Il y aura toujours quelque chose pour détruire nos vies. La seule question est qu'est-ce qui va nous tomber dessus en premier. On est toujours au bord du gouffre. Charles Bukowski
95D. Ils croient tous que c'est amusant de se balader avec ça. C'est pire qu'une punition, pire qu'une forte engueulade. Parce que tout ce qu'on peut subir, ça ne dure pas éternellement, hein, c'est pas comme si c'était gravé dans la peau. Tu sais, le pire, c'est que la marque est indélébile. De grosses entailles bien profondes, qui pourraient amener les autres, ceux qui jugent au premier coup d'½il -ceux que tu n'apprécies pas-, à penser que je me fais battre continuellement. De belles entailles rouges, ancrées. Pas douloureuses, non. Ou, en tout cas, pas de douleur physique à proprement parlé. C'est plutôt le moral qui en prend un coup. Des entailles, mais pas que dans le 95D. Oh oui, cherche bien et tu en trouveras. C'est un peu comme si on avait ouvert un sachet d'entailles un peu trop rapidement, et que celles-ci s'étaient éparpillées sur mon corps. Mais c'est ma faute. Dans les cuisses, les genoux, les hanches. C'est ma faute, hein ? Mais comment je fais l'été... C'est impossible pour moi de dévoiler ma peau, pas en entière du moins. Parce que, en plus de mes belles entailles, il y a ma maladie. Oui, la belle maladie. Le nombril, le cou, les fesses, les doigts. Ça migre, parait-il. Et bien sur, il fallait que ça migre sur moi. Bientôt quatorze ans que je supporte ça. Et puis de toute façon, tout ça c'est physique. Quand on a réalisé ce qu'on été, on n'y peut plus rien. Alors on s'y fait, on se laisse aller. Mais, comme si cela ne parvenait pas à satisfaire l'être sadique qui serait au-dessus de nous, il faut qu'à ce corps lourd s'ajoute les problèmes mentaux. Je ne suis pas classée "catégorie fille à problème", mais je pense m'en approcher dangereusement. Je suis mon problème. Le plus gros. Oh et puis tu sais, j'ai réussi à me cataloguer, à trouver un nom à un de mes sous-problèmes : hydrophobe, et légèrement claustrophobe. Je gère, ne t'inquiète pas. Pour l'instant, je gère. Je n'ai pas encore besoin de toi.
